Océans | le 14 décembre 2012

Pêche : un pillard arrêté mais combien d’autres en liberté ?

Paris, 14 décembre 2012 – Greenpeace étudie les possibilités de porter plainte pour pêche illégale contre l’armateur hollandais du Maartje Theodora et son propriétaire allemand. Ce navire, un des plus gros chalutiers d’Europe, a été pris en flagrant délit de pêche illégale dans les eaux françaises. Au large de la Normandie, le Maartje Theodora a été contrôlé avec 2000 tonnes de maquereau pêchées illégalement, un butin évalué à 1,2 million d’Euros.

« Le fait qu’un monstre des mers comme celui-là se fasse attraper la main dans le sac est positif. Les pillards vont enfin devoir répondre de leurs actes« , analyse François Chartier, chargé de campagne Océans pour Greenpeace. « Malheureusement, c’est beaucoup trop rare. La politique commune des pêches ne permet pas actuellement aux autorités d’effectuer des contrôles efficaces face à ces grands bandits des océans. De la pêche illégale il y en a tous les jours et en quantité industrielle. »

Mardi 18 décembre, à Bruxelles, s’ouvrent à la fois un vote sur les orientations de la réforme de la politique commune des pêches et une réunion pour fixer les quotas de pêche pour 2013. Greenpeace demande aux responsables politiques européens, au premier rang desquels M. Cuvillier, ministre de la Pêche, de choisir un modèle de pêche durable, notamment en réduisant le nombre de bateaux et leur capacité de pêche, en attribuant les quotas d’abord à ceux qui ont les pratiques les plus durables d’un point de vue environnemental et social et en mettant fin aux rejets en mer.

Ce qui se joue à Cherbourg pour le Maartje Theodora

Une négociation est en cours entre le parquet de Cherbourg et les avocats du navire. L’enjeu : une amende pénale d’un montant maximal de 22 500 Euros et une amende civile équivalente à la valeur de la cargaison illégale, soit 1,2 millions d’Euros. Si un accord est trouvé dans la journée le bateau pourra reprendre la mer dés aujourd’hui. Toute autre décision que des condamnations civiles et pénales aux montants maximum des amendes serait un mauvais signal envoyé par la justice française.

« Qu’ils se soient fait arrêter, est une bonne chose mais si ce n’est pas assorti d’une lourde sanction, c’est inutile », commente François Chartier. « Nous attendons de la fermeté de la part de la justice dans cette affaire. C’est à ce prix que l’honnête pêche artisanale française à une (petite) chance de survivre. »

Ces monstres des mers surexploitent les océans

Le Maartje Theodora, prédateur de 140 mètres de long et qui peut prendre 40 000 tonnes de poissons en un an, est emblématique de la surcapacité, l’obésité de la pêche européenne. La flotte possède trop de bateaux, trop puissants, par rapport à ce que peut fournir la mer. Certains segments des flottes européennes sont aujourd’hui en mesure de prendre 2 à 3 fois le niveau qui serait durable pour les océans, alors que 60% des poissons présents sur nos étals sont menacés.

Il y a pourtant des pêcheurs dont les pratiques respectent l’environnement : les pêcheurs artisans. Ils représentent 80% des embarcations et la moitié des emplois du secteur en France, et souffrent de la raréfaction des ressources. Greenpeace travaille à leurs côtés pour lutter contre la surpêche dans les océans, dont les premiers responsables sont les bateaux de pêche industrielle.

« On ne peut continuer à piller les mers si on veut un futur pour les pêcheurs« , souligne Anne Marie Vergez, co-présidente de la plate-forme pour la petite pêche artisanale. « Entre pêche artisanale et industrielle, ce sont deux logiques différentes : le pêcheur artisan travaille sur son bateau, et cherche à vivre de son métier, simplement, alors que dans la pêche industrielle, les armateurs ne sont pas des pêcheurs mais des hommes d’affaires, qui cherchent à faire le maximum de profits. »