Energie / Climat | le 31 juillet 2013

Le corps des Mines : les conseillers de l’ombre de François Hollande sur l’énergie

Paris, le 31 juillet 2013 – Greenpeace publie aujourd’hui le deuxième épisode de son décryptage portant sur les groupes de pression qui influencent les décisions politiques sur l’énergie en France. Après un premier épisode consacré aux industriels du nucléaire, cet épisode se focalise sur le corps des Mines, ce groupe d’ingénieurs terminant leur formation à l’école des Mines de Paris après généralement un passage par Polytechnique. Ils forment un « corps  » soudé particulièrement influent sur la politique énergétique de la France depuis l’après-guerre.

Ce décryptage s’appuie sur des informations et une analyse disponibles sur le site web de l’association http://greenpeace.fr/qui/. Greenpeace publie également une vidéo parodique à leur sujet : http://youtu.be/TByD53Gn18A

« Le corps des Mines n’est pas un lobby auprès du pouvoir politique, c’est le pouvoir lui-même« , déclare Cyrille Cormier, chargé de campagne Energie pour Greenpeace. « Il n’existe pas un lieu de pouvoir en France lié à la politique énergétique qui ne soit entre leurs mains. Le programme nucléaire français depuis plus de 60 ans, c’est eux, y compris dans ses erreurs. Ils sont les gardiens du temple nucléaire. »

La Une du Point détournée

A l’occasion de ce lancement, des militants de Greenpeace ont commencé à installer aujourd’hui autour des locaux d’une quinzaine de journaux à Paris une centaine d’affiches détournant une page de couverture du magazine Le Point. Cette fausse Une, signée Greenpeace, a pour titre « Hollande et ses conseillers de l’ombre : comment le corps des Mines tire les ficelles ».

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Ils occupent tous les postes clés

L’influence du corps des Mines sur la politique énergétique française provient de sa place privilégiée auprès des dirigeants : dans l’administration, les cabinets ministériels et les entreprises. Ainsi, ils sont aujourd’hui présents comme conseillers à l’Elysée, au cabinet du Ministère de l’Ecologie, à celui du Ministère de l’Economie et celui du Redressement Productif. Ils sont également largement représentés au sein de la puissante DGEC (Direction Générale de l’Energie et du Climat), occupent les postes de direction dans les institutions clés de la politique énergétique (ASN, IRSN, comité de pilotage du débat sur la transition énergétique, ANDRA, CIGEO…) et les entreprises du nucléaire (MEDEF, Areva, RTE, Alstom…).

Ils ont commis de lourdes erreurs

L’histoire a montré que le corps des Mines est à l’origine de coûteuses erreurs industrielles en matière d’énergie. Ainsi, le plan Messmer prévoyait initialement la construction de 7 réacteurs par an afin de faire face, selon des prévisions largement irréalistes, à une consommation d’électricité forte et croissante. Résultat : le parc nucléaire français est largement sur-dimensionné avec 58 réacteurs.

Autre lourde erreur : les ingénieurs des Mines ont misé sur l’enrichissement d’uranium par diffusion gazeuse plutôt que par centrifugation. Il a fallu 30 ans pour que la France accepte enfin l’idée que cette technologie gourmande en énergie est trop coûteuse et revienne à l’enrichissement par centrifugation.

François Hollande doit prendre ses distances

« En étant ainsi entouré, on comprend que François Hollande pourrait avoir du mal à tenir son engagement de réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité française« , poursuit Cyrille Cormier. « Le nucléaire est non seulement l’obsession et la fierté du corps des Mines mais surtout le moyen le plus sûr pour lui de conserver une influence majeure sur la politique énergétique française. Or, la transition énergétique implique de laisser une large place aux énergies renouvelables et à la baisse de la consommation d’énergie. Le Président de la République doit donc s’émanciper de ces groupes de pression obsédés par le nucléaire. C’est l’une des conditions nécessaires pour engager notre pays vers la transition énergétique.« , conclut-il.