Energie / Climat | le 31 janvier 2013

Gaz de schistes : le problème principal n’est pas la technique d’extraction

Paris, le 31 janvier 2013 – Suite à l’annonce faite par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) du lancement d’un rapport sur les alternatives à la technique de fracturation hydraulique, Greenpeace tient à rappeler qu’au-delà de la très nocive technique d’extraction existante, le problème central posé par les gaz de schistes est bien l’utilisation d’une nouvelle ressource émettrice de gaz à effet de serre.

« Quelle que soit la technique utilisée, il est aberrant de se lancer aujourd’hui dans l’exploitation d’une nouvelle ressource fossile« , commente Anne Valette, chargée de campagne Climat pour Greenpeace France. « La réduction des émissions de gaz à effet de serre est bien le défi principal que le monde doit relever. Le dérèglement climatique a déjà des conséquences visibles et désastreuses, se lancer dans l’exploitation des gaz de schistes aujourd’hui revient à faire un bras d’honneur à tous les processus de lutte contre le dérèglement climatique dans laquelle la France est engagée. »

Le parti socialiste l’avait bien compris quand, alors dans l’opposition, il avait déposé en juillet 2011 une proposition de loi visant à interdire l’exploitation des schistes quelle que soit la méthode d’extraction. La loi était notamment déposée par Jean-Marc Ayrault, Arnaud Montebourg et Delphine Batho. Aujourd’hui au pouvoir, le parti socialiste suit une ligne rigoureusement identique à celle de l’UMP qu’il critiquait âprement en 2011.

Une vision gouvernementale populiste

En septembre dernier lors de la Conférence environnementale, le discours de François Hollande sur les gaz de schistes avait été compris par beaucoup comme étant l’annonce de l’abandon de toute idée d’exploitation de cette ressource. Et presque tous les participants avaient applaudi des deux mains. On voit aujourd’hui qu’il s’agissait simplement de calmer les esprits, bruyants, des collectifs contre les gaz de schistes et autres associations écolos mais qu’il n’y avait pas de réelle volonté « écologiste » derrière.

« Il ne faut pas se leurrer, le lobby industriel est en train de gagner la bataille« , ajoute Anne Valette. « Aujourd’hui l’idée que la France est assise sur une mine d’or a été bien répandue et dans le contexte de crise actuel tout le monde a envie d’y croire. Malheureusement personne ne se préoccupe des conséquences catastrophiques de l’exploitation des énergies fossiles. A-t-on déjà mis en balance les gains associés aux gaz de schistes et les coûts des changements climatiques ? Le gouvernement compte des ministres écologistes, il faut absolument qu’ils se fassent entendre là-dessus ! »

L’échec des actions contre les changements climatiques coûte déjà à l’économie mondiale 1,6 % de son PIB, soit 1 200 milliards de dollars par an et devrait conduire à un doublement des coûts mondiaux dans les vingt prochaines années, selon un rapport révélé 25 septembre aux États-Unis, par le DARA and Climate Vulnerable Forum.

Schistes, houilles… Même combat

Depuis le débat sur les gaz de schistes, on voit fleurir en France de nouvelles propositions d’exploitation de ressources jusqu’ici non prises en compte. Les gaz de houilles dont on a beaucoup parlé cette semaine représentent la même menace que les gaz de schistes pour le climat : c’est une ressource fossile de plus.

« A l’heure où le débat sur la transition énergétique commence, le gouvernement doit comprendre que ce n’est certainement pas en allant chercher de nouvelles énergies sales que la vraie transition se fera. Il faut aller chercher le vrai trésor inexploité de la France qu’est l’efficacité énergétique et donner enfin sa chance aux énergies renouvelables qui font déjà merveille dans d’autres pays. » conclut Anne Valette.