Energie / Climat | le 25 avril 2013

Energie : les entreprises engagent le bras de fer avec le Président de la République

Paris, le 25 avril 2013 – Hier Laurence Parisot pour le Medef et aujourd’hui le groupe de contact des entreprises de l’énergie lancent une offensive pour tenter d’imposer leur vision au sein du débat sur la transition énergétique. Une de leurs propositions phares : prolonger à tout prix la durée de vie des centrales nucléaires françaises.

« En réclamant la prolongation à tout crin du parc nucléaire, ces entreprises engagent un bras de fer avec le chef de l’Etat, explique Sébastien Blavier, chargé de campagne énergie pour Greenpeace. Cette position balaie d’un revers de la main la promesse de François Hollande qui s’est engagé à réduire à 50% le nucléaire dans l’électricité d’ici 2025. La question qui se pose maintenant est : qui va décider de l’avenir énergétique de la France ? Le Président de la République au nom de l’intérêt général ou les lobbies obsédés par le mythe du nucléaire ? »

La prolongation : un pari insensé pour la sûreté et l’économie
Sans doute trop influencées par la vision court-termiste d’EDF et des grandes consommatrices d’électricité, les entreprises font le pari désespéré de la prolongation du parc nucléaire. Elles disent vouloir « garantir une offre énergétique compétitive dans la durée » mais elles se trompent.

Miser sur la prolongation des centrales françaises c’est d’abord tordre le bras à l’indépendance de l’Autorité de Sureté Nucléaire. Autorité qui est encore loin d’avoir validé les propositions d’EDF concernant les travaux de sûreté post-Fukushima. Et qui peut aussi s’opposer au cas par cas à l’extension de la durée de vie des réacteurs au-delà de 30 ans.

Par ailleurs, les arguments de la compétitivité du tout nucléaire français ne sont plus valables puisque nous n’avons aucune idée des coûts futurs de la prolongation, certainement plus élevés que ce qu’annonce EDF.

« Le mythe de l’électricité nucléaire pas chère, c’est fini ! Avec les surcoûts futurs liés à la sûreté post-Fukushima ou à la prolongation, ce sera toujours plus d’investissements, jamais moins, analyse Sébastien Blavier. Investir dans la transition énergétique, c’est investir avant tout dans les renouvelables et préparer la fermeture des centrales plutôt que de les prolonger. »

Enfin, prolonger le parc nucléaire français c’est prendre des risques croissants. Les centrales françaises ont 27 années de fonctionnement en moyenne, et jusqu’à parfois 12 années de plus si on compte l’âge des premiers bétons comme aux Etats-Unis. Conçues pour fonctionner 30 ans, les effets de leur vieillissement sont visibles dès 20 ans. La cuve ou l’enceinte de confinement sont par exemple deux pièces majeures ni réparables ni remplaçables. Une anomalie générique pourrait aussi engendrer la fermeture simultanée de plusieurs réacteurs comme l’ont répété dernièrement le Président de l’ASN dans une audition devant l’OPECST et le directeur de l’IRSN lors d’un déplacement ce mardi 24 avril.

L’heure du choix arrive
Le débat sur la transition énergétique doit fixer la voie à suivre pour tenir la promesse de réduction de la part du nucléaire de 75 à 50 %. Cette trajectoire nécessite la fermeture d’au moins 20 réacteurs avant 2020 selon le scénario publié par Greenpeace.

« Les alternatives compétitives et socialement avantageuses existent face au tout nucléaire. La France a un choix très clair à faire : engager la transition ou s’enfermer dans un système énergétique dépendant du nucléaire datant des années 1970. Et il faut être lucide : développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique n’est pas compatible avec le maintien du tout nucléaire » conclut Sébastien Blavier.